Franco-Belge – Petites coupures à Shioguni, Picquier

Nous avions bien compris, à la lecture des précédents livres de Florent Chavouet, que cet auteur ne ferait jamais les choses comme les autres. D’une beauté graphique à part et d’un sens de la narration nouveau, « Tokyo Sanpo » et « Manabé shima » était des ouvrages hybrides étonnants, mais moins surprenants car voguant quelque part entre bande dessinée et journal de bord illustré.

Avec « Petites coupures à Shioguni », Chavouet se lance dans la fiction et tout ce qui nous avait étonné précédemment prend alors une autre dimension.

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Après nous avoir entraîné dans le Japon urbain puis le japon rural, c’est le japon nocturne que nous présente cette fois-ci l’auteur. Et comme pour mieux marquer le genre fictionnel, la ville ou se tient l’action reste ici anonyme. Ainsi, plus qu’un lieu, c’est une ambiance générale qui nous est décrite, ce qui nous conduit naturellement dans une intrigue type polar. On suit donc les investigations d’un journaliste dont on apprendra peu de choses, et qui tente de reconstituer une affaire classée un peu trop rapidement à son goût par les services de police. Je n’en dirai pas plus sur cette affaire qui sert de fil conducteur au récit et dans laquelle vous plongerez avec plaisir.

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La structure narrative du récit est d’une grande ingéniosité. Petites touches après petites touches, les éléments se mettent en place et la trame se complète naturellement. L’auteur oubli la linéarité pour nous balader d’événements en événements de manière assez décousue créant ainsi la sensation d’une sorte de tourbillon qui embrouille tout avant que chaque chose ne retrouve finalement sa place comme dans un bon vieux Tarentino.

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Beaucoup d’ingéniosité aussi du côté graphique, même s’il n’y a rien de bien nouveau par rapport au précédents livres de l’auteur. Mais son style, plus proche de l’illustration que de la BD s’applique avec brio au genre de la fiction. L’auteur utilise même fréquemment la vue subjective créant ainsi une nouvelle dimension à la BD quand certaines planches se font support sur lesquels sont simplement déposé des objets. Un style qui peut être perturbant au départ, mais dont Chavouet maîtrise les clés et les applique avec talent. Et pour ne rien gâcher, sa maîtrise de la couleur rend les ambiances nocturnes à la perfection.

Pour conclure, « Petites coupures à Shioguni » est l’album qui m’a le plus marqué dans mes lectures en 2014 car c’est celui qui apporte le plus au 9ème art en terme de trouvaille narrative tout en étant un récit très prenant dont on ne lâche rien jusqu’à la dernière page.