Un vent nouveau pour la BD de science fiction

Depuis quelques années on peut constater que la BD franco-belge de science fiction reprend le pas sur l’héroïc-fantasy. Alors que des séries comme UW2 ou bien Orbital continues de tracer leur chemin, que les Meta-barons de Jodorowsky tentent un retour, de nombreuses nouvelles series sont apparues depuis plusieurs mois. Dans le sillon de la très belle collection « Les univers de Stefen Wul » d’Ankama, on a pu découvrir Warship Jolly Roger chez Dargaud, Eternum chez Casterman, R.U.S.T et Terra Prime chez Delcourt ou bien encore plus récemment Exo chez les Humanoïdes Associés, spécialiste historique du genre. Tous les éditeurs semblent s’y intéresser.

A défaut de renouveler ce genre, ces séries ont le mérite de s’inscrire dans sa tradition et de proposer un large choix de nuances aux lecteurs ainsi qu’une réalisation générale plutôt soignée. Et alors que l’on attend l’adaptation de Valerian & Laureline par Luc Besson pour 2017, on peut imaginer que la tendance est faite pour durer, trouvant même un aboutissement avec l’exceptionnel Shangri-la de Mathieu Bablet chez Ankama.

Mais depuis peu, on peut aussi constater une nouvelle évolution du genre, esquissée il y à quelques mois avec la parution de Pouvoir Point d’Erwan Surcouf aux éditions Vide Cocagne. Une direction plus légère avec des préoccupations semble-t-il moins sérieuses et moins propres au genre que ses illustres prédécesseurs. Un changement que l’on pourrait comparer avec ce qu’a connu l’héroïc fantasy au début des années 90. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard de retrouver ici Lewis Trondheim déjà co-auteur de la série Donjon avec Sfar.

Il est en effet l’un des artisans de cette évolution en proposant chez Rue de Sèvres la série Infinity 8 avec son comparse Olivier Vatine, lui-même très impliqué dans la collection « Les univers de Stefen Wul » dont il a réalisé la série Niourk. C’est un projet, qui à l’image de Donjon, proposera 8 albums (dont les 2 premiers viennent de paraître en librairie) co-scénarisés par Trondheim et d’autres scénaristes de renom et tous dessinés par des artistes différents. Le concept est celui d’un space-opéra fantaisiste dans lequel l’Infinity 8 court à sa perte. Chaque album nous racontera une tentative de le sauver avec un reboot final pour cause d’échec qui permet la mise en place de la prochaine mission toute aussi décalée. Le titre des 2 premiers albums donne résolument le ton : « Romance & Macchabées » et « Retour vers le Führer« .

En parallèle sont parus chez Delcourt les 2 premiers volumes sur 4 de Chronosquad par Giorgio Albertini & Grégory Panaccione. Ici c’est de voyage temporel dont il est question. Mais on s’embarrasse peu de détails techniques crédibles et autres paradoxes temporels mais bien davantage des états d’âmes du héros un peu loser et très maladroit. Ce dernier, qui vient d’intégrer le Chronosquad, une unité chargée de régler des problèmes temporels, risque bien d’être à lui seul le pire dérapage à gérer.

Enfin, bien que dans une moindre mesure, il y a le tome 1 sur 2 de Karma City de Pierre-Yves Gabrion paru chez Dupuis. Ce polar futuriste post apocalyptique est traité avec un ton beaucoup plus léger propre au journal de Spirou. Ses personnages un peu caricaturaux qui nous emmènent dans une intrigue plus sérieuse mais dont le ton créé le décalage. Cet esprit n’est pas sans rappeler celui de la série Soda dans un autre genre.

Que vous soyez amateur de science fiction ou non, je crois que chacun devrais y trouver son compte. Et ce n’est peut-être qu’un juste retour des choses car fût une époque ou la fantaisie faisait très bon ménage avec la science-fiction en bande dessinée.