Librairie : Ma sélection de janvier

Alors que je vous proposais auparavant une sélection de titres qui attiraient mon attention parmi les parutions du mois à venir, je vous propose désormais ceux que j’ai retenu parmi mes lectures du mois passé. Ainsi, voici ma sélection de janvier.

  • Deathco 1 & 2, Atsushi Kaneko, Casterman

C’est avec bonheur que l’on dévore ces 2 premiers volumes de la nouvelle série de l’auteur de Soil (Ankama) et Wet Moon (Casterman). Et c’est dans un tout autre registre qu’il applique aujourd’hui ses références. Ici, pas d’intrigue trop cérébrale mais une histoire brute et régressive qui se lit comme on écoute un bon vieux standard punk des Ramones. Deathco est une histoire de tueuse à gage gothique à souhait dans laquelle le pittoresque se joue du fantastique pour notre plus grand plaisir.

  • Les enfants de la baleine 1, Abi Umeda, Glénat

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Chakuro est le scribe officiel sur La baleine de glaise, une île flottant sur une mer de sable infinie. Ses habitants ne savent rien d’autre du reste du monde, si ce n’est ce que veulent bien leur dire les anciens. Mais leur rencontre avec Lycos, jeune guerrière du monde extérieur va bouleverser leur paisible existence. Cette histoire fantastique est pleine d’originalité et de poésie. Une référence évidente vient à l’esprit lors de cette lecture :  Nausica de Miyazaki. Cela vaut pour l’histoire, mais aussi pour le dessin, très détaillé et tout en finesse. Et ça fait plaisir.

  • Alexandre Jacob, Vincent Henry & Gaël Henry, Sarbacane

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Après « L’enragé du ciel », les éditions Sarbacane récidivent avec la BD biographique. Cette fois-ci, c’est Alexandre Jacob, un cambrioleur anarchiste qui défraya la chronique au début du XXème siècle qui en est l’objet. Un personnage ici encore plutôt méconnu mais qui mérite qu’on si attarde. Et cela vaut autant pour les qualités d’écriture de cet album que pour son superbe dessin qui n’est pas sans rappeler un certain Christophe Blain.

  • Ce qu’il faut de terre à l’homme, Martin Veyron, Dargaud

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Après de multiples détours, de l’intimisme sensuel à l’historique burlesque, dans le genre de la chronique sociale, Martin Veyron s’empare d’un classique de la littérature russe avec cette adaptation d’une œuvre de Tolstoi. « Ce qu’il faut de terre à l’homme » est une fable sociale dans laquelle cynisme et burlesque se côtoient avec délice. Et c’est un genre qui convient parfaitement à l’auteur et à son sens du grotesque qui sert parfaitement ce ton typiquement russe. On se prend à espérer que Veyron puise davantage dans ce riche patrimoine.

  • Dans les pins, Erik Kriek, Actes Sud – l’an 2

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5 ballades meurtrières, 5 destins brisés qui trouveront la mort salvatrice, parfois, mais certainement la démence quotidienne pour leur forfait. Des faits divers, à l’origine mais devenus des « Murder Ballads », ces chansons traditionnelles du folklore américain rendues célèbres par Nick Cave, Johnny Cash et bien d’autres encore. La tradition orale les a même parfois teintées d’une aura fantastique, souvent moralisatrice. Bien sûr pas de musique ici, si ce n’est la mélodie envoûtante du dessin de Kriek. Sa ligne ferme comme la main qui étrangle, son trait affûté comme la lame qui s’abat sur la victime, et ses contrastes qui sont comme autant d’antre pour le Malin.

  • Hubert, Ben Gijsemans, Dargaud

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Hubert est une BD ayant pour sujet principal la contemplation. Un sujet délicat et difficile à traiter. Peu s’y sont essayé avec réussite. Peut-être Prudhomme avec “La traversée du Louvre” qui aborde le sujet par son ressenti, de manière assez frontale. Gijsemans va bien plus loin en entraînant le lecteur dans l’exercice de la contemplation. Un pari réussi grâce à un habile jeu de répétition de case et de séquence dans sa mise en scène. Et c’est cette mise en abîme réussie entre le lecteur et Hubert, le personnage principal de l’album qui questionne peu à peu la mince frontière entre contemplation et voyeurisme. Un album étonnant, difficile à évoquer et qu’il faut lire pour en appréhender toute la profondeur.

  • Descender 1, J. Lemire & D. Nguyen, Urban Comics

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Ceux qui ont lu Trillium connaissent déjà tout le talent de Jeff Lemire lorsqu’il aborde la science-fiction. Il fait la part belle à l’intime, aux sentiments de ses héros, un peu à la manière de F. Peeters. Il parvient toujours à toucher le lecteur, même lorsque l’environnement est froid et mécanique. C’est particulièrement le cas ici, avec Descender. D’autant plus que le dessin de Dustin Nguyen nous plonge lui aussi dans une sensation ouaté grâce à ses couleurs pâles et douces. Et pourtant cette histoire dans laquelle les robots sont probablement plus humains que les hommes eux-même n’est pas tendre. Un album qui sait très bien jouer avec nos sentiments.

  • Une aventures des spectaculaires 1 : le cabaret des ombres, Hautière & Poitevin, Rue de Sèvres

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Voilà une nouvelle série tous publics comme j’aimerais en lire plus souvent. Une aventure pleine d’action, de suspens et de légèreté servie par un dessin plein de charme. Le pitch : une troupe de saltimbanques, as de de l’acrobaties doit sauver le pays. Mais voilà, leurs talents ne sont qu’illusion et la partie ne sera pas si simple.

  • L’été diabolique, Smolderen & Clerisse, Dargaud

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Retour du duo de “Souvenir de l’empire de l’atome” pour une nouvelle histoire, peut-être plus accessible, au délicieux goût des sixties. Cette fois-ci c’est une aventure d’espionnage mêlée d’une histoire de famille forte que nous propose Smolderen avec une structure narrative des plus intéressantes. Il peu compter sur le talent incomparable de Clerisse, ici au sommet de son art, pour l’accompagner dans la réalisation de cet album .Et toujours une finition éditoriale de grand luxe, et ça le vaut bien !

  • Boca Nueva 1, Y. Benchaieb & S. Almeida, Casterman

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Sous une couverture à la maquette audacieuse, Boca Nueva propose une série d’héroic-fantasy animalière des plus divertissantes. Les auteurs, dont c’est le premier album, usent des ressorts de l’aventure avec talent et jouent la carte de l’action et de l’humour pour rythmer leur récit. L’intrigue générale, quant à elle, s’oriente vers le polar mené par un improbable duo policier.