Chronique – Wet Moon 1, Atsushi Kaneko

Si vous suivez assidûment ce blog et notamment le tumblr associé (dans la side-bar ci-contre), vous avez peut-être visionné l’interview d’Atsushi Kaneko que j’y ai posté il y a quelque temps. Si c’est le cas, vous aurez sûrement noté le côté atypique de cet auteur japonais. Alors bien-sûr, je ne vous surprendrais pas en révélant que les créations du monsieur sont à la mesure du personnage et occupent une place à part dans la production nippone. Vous allez pouvoir en juger avec la chronique de Wet Moon 1, sa dernière série en date, en cour de publication chez Sakka.

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Nous sommes dans les années 60 au japon. L’exploration de la face cachée de la lune est sur toutes les lèvres, dans tous les esprits, attise toutes les ambitions et suscite toutes les corruptions. Au milieu de tout ça, l’inspecteur Sata est un bleu fraîchement émoulu de l’académie et dont l’innocence et la détermination lui joueront des tours. Les choses vont alors prendre un tournant de plus en plus mystérieux.

Kaneko est passé maître dans la mise en place d’ambiances oppressantes et aux tournures fantastiques, voire dérangeantes. On l’a vu avec Bambi et Soil, ses 2 précédentes séries parues en VF. Et cela se vérifie à nouveau avec ce premier volume de Wet Moon. La moiteur dont il est question dans le titre est omniprésente dans les pages de ce manga ou tout joue à rendre palpable les ambiances. Les lieux, les protagonistes, mais aussi l’écriture précise de Kaneko, sa maîtrise des transitions très cinématographiques, ses successions de séquences réelles et hallucinées qui parviennent parfaitement à égarer le lecteur avant de le ramener in-extremis sur le fil du récit. Pour cela, il n’hésite pas à transgresser les codes narratifs classiques du mangas en allant parfois jusqu’à 16 cases par planche pour un découpage des plus audacieux.

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Son dessin, lui-même précis et sombre, contribue aussi fermement aux ambiances que l’écriture. Plus proche des auteurs undergrounds américains que d’aucun autre auteur japonais, son noir et blanc est impeccable, digne des meilleures planche de Charles Burns. Un régal !

Riche de références, au premier plan desquelles Georges Mélies, on est emporté par ce manga troublant qui fait l’effet d’un excellent épisode de la quatrième dimension.