Chronique – Médée 1, Peña et Le Callet

Ceux qui ont déjà lu Nancy Peña ont certainement encore à l’esprit, comme c’est mon cas, cette sensation étrange et agréable que peuvent procurer ses univers. Un sentiment généré par une puissance poétique rarement atteinte en bande dessinée, et souvent le fait d’oeuvre très intimes, très personnelles et c’est le cas ici, car j’aurai tendance à dire qu’il existe un univers Nancy Peña, des ambiances Nancy Peña. C’est le souvenir de ce sentiment qui me fait basculer vers la lecture de ses albums plutôt que tel ou tel autre lorsqu’il faut choisir. Cette fois ci, ce sera donc Médée, réalisé avec Blandine Le Callet au scénario, paru il y a quelques semaines chez Casterman.

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Au premier abord, rien de déroutant avec la thématique abordée ici. L’histoire de Médée, comme tous les mythes grecs, à tout d’un conte fantastique. Blandine le Callet prend le parti de laisser son personnage raconter sa vie, livrant ses mémoires au crépuscule de sa vie comme pour mieux exorciser ses actes passés. Comme tout bon mythe grec, celui-ci apportera son lot de drames, de sentiments frustrés, d’actes de bravoure et d’humanité… Ce tome 1 qui raconte la période allant de la fin de la petite enfance à la perte de l’innocence chérie, comporte déjà, plus ou moins en filigrane, tout cela. La longue période couverte impose naturellement un récit fortement elliptique. Mais le principal est là et  l’on avance dans le récit sans s’y perdre grâce à une écriture simple mais efficace. L’ennui, c’est que parfois, j’ai eu la sensation que Médée à beaucoup plus à nous dire qu’elle n’a de temps pour le faire.

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En ce qui concerne le dessin, le trait semble plus fin, plus précis que se que je connais de l’auteure, la couleur n’y est certainement pas pour rien. Il est aussi beaucoup plus réaliste qu’à l’accoutumée mais il est toujours aussi sinueux, souple et élégant (le travail sur les drapés est digne de la statuaire antique). Dés que l’histoire s’y prête, les décors sont très fouillés, très détaillés, et avec l’aide d’un découpage simple et linéaire, ponctué de larges cases, j’ai ressenti un très fort équilibre dans la composition des planches. Pour terminer, une très belle mise en couleur aux textures maîtrisées et très à propos vient souligner des ambiances tantôt claires, tantôt sombres, selon la tension du récit.

Pour conclure on a un album agréable et intéressant à lire mais qui ne m’a pas non plus happé. Il manque peut-être un petit supplément d’âme dans l’écriture. Le dessin de Nancy Peña, dans un registre sensiblement différent, reste malgré tout enchanteur. Je regrette simplement de ne pas avoir retrouvé la magie et la poésie de ses œuvres plus personnelles.