Chronique – Infinite Kung Fu 1, Kagan McLeod

Au premier abord Infinite Kung Fu a tout les ingrédients du projet atypique et transversal. Son auteur, Kagan McLeod est canadien mais sa création est très inspirée de la pop culture asiatique (la traduction VF est d’ailleurs éditée par Pika). Sur le fond, le titre est un genre de cross-over dessiné entre les films de Kung fu chinois des années 70 tels que La 36e chambre de Shaolin de Liu Chia-liang et les films de zombie de Romero, deux catégories majeures du cinéma de genre.

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Ce mélange improbable d’influences et de genres m’a fait penser à des titres comme Usagi Yojimbo de Stan Sakaï (chez Paquet), Gyakushu ! de Dan Hipp (Ankama) et même, dans une moindre mesure, à Scott Pilgrim de Bryan Lee O’Malley (Milady Graphics). Autant de références au carrefour des cultures qui ne m’ont pas laissé indifférent et qui m’ont conforté dans mon choix de lire Infinite Kung Fu.

Comme je le disais plus haut, l’histoire est originale dans le sens ou elle mélange 2 genres très codifiés : kung fu & zombie. L’originalité s’arrête là car au delà de ça, ces deux genres sont respectivement traités avec le plus grand classicisme. Et je dirai qu’il ne fallait pas les traiter autrement pour que ce mélange audacieux puisse prendre. Et pour lier le tout, Kagan McLeod invente un monde relativement flou à une époque relativement indéfinie dans lequel on peut néanmoins cerner les contours d’un futur post-apocalyptique régressif. Dans ce monde régi par le kung fu, un guerrier élu et soutenu par les 8 immortels, est le dernier espoir de ce qu’il reste de civilisation…

Si l’histoire et l’univers installé par l’auteur sont accrocheurs, il n’en va pas forcément de même pour son storytelling. En effet, j’ai au départ beaucoup peiné à me faire à son rythme saccadé et déstabilisant. Le fil narratif s’estompe assez facilement et il est assez facile de décrocher ce qui m’a contraint plusieurs fois à des retours en arrière pour reprendre le cour de l’histoire. On apprend, grâce à la préface de Colin Geddes, qu’à l’origine Infinite Kung Fu est un mini comics indépendant auto-publié. Le problème vient peut-être du manque d’équilibre entre les différents chapitres peut-être pas suffisamment harmonisés au moment de la mise en recueil.

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Mais en regard des quelques difficultés que j’ai pu rencontrer à suivre le déroulement de l’histoire, je me suis au contraire littéralement laissé séduire par le dessin. Car une grande partie du talent de McLeod se trouve bien là. Il est vif, soigné et précis mais sans jamais donner une impression de rigidité. Il dégage au contraire une forte sensation de dynamisme. C’est sur la souplesse de son trait (Geddes parle de l’amour de McLeod pour la calligraphie), tantôt encré, tantôt simple crayonné, selon les besoins de l’histoire, que repose cette dynamique. Ce style, qui tend vers le maniérisme, s’accorde à merveille au genre kung fu. Du coup les scènes de combat prennent une véritable ampleur, d’autant que pour celle-ci, on ressent une vraie connaissance des chorégraphies acquise on imagine, après le visionnage de nombreux film. Et étonnamment, là ou la trame générale du récit peut sembler confuse,  je trouve que les séquences de combat, séquences courtes de quelques pages maximum, sont parfaites avec beaucoup de trouvailles comme l’utilisation de micro-vignettes en ombres chinoises.

Pour conclure, je me suis davantage laissé guider par le ballet visuel que par l’intrigue générale et j’ai ainsi passé un agréable moment de lecture malgré quelques longueurs imputables à un storytelling parfois maladroit.

Infinite King Fu 1/2, Kagan McLeod, Pika graphics