BD – Ersin Karabulut & Halfdan Pisket

La bande dessinée est un langage universel. Chaque pays connait une production bien spécifique que de nombreux éditeurs s’efforcent de nous faire découvrir en France. Cette fois-ci c’est vers Fluide Glacial qu’il faut se tourner pour poursuivre ce tour d’horizon de la BD internationale.

L’éditeur, bien connu chez nous pour ses publications tantôt loufoques tantôt satiriques, nous propose de découvrir la bande dessinée turque dans l’album “Contes ordinaires d’une société résignée” de Ersin Karabulut.

La rencontre entre Fluide Glacial et cet auteur n’est pas un hasard ! Ersin Karabulut, qui est un peu le chef de file de la BD turc actuelle est co-fondateur en Turquie d’une revue satirique  intitulée Uykusuz. Le ton est donc donné sur ce qui vous attend dans ce recueil d’histoires courtes aux accents fantastiques  et surréalistes.

Car en effet, en lieu et place de contes ordinaires, se sont bien des contes “fantastiques” qui nous sont proposés. Des contes modernes qui n’ont d’ordinaire que toutes les dérives humaines, sociales ou bien encore politiques qu’ils épinglent. Sur le ton de l’humour noir, du cynisme ou de l’absurde qui ne lache jamais rien à la lucidité , Karabulut compose un portrait universel de l’homme dans lequel on entrevoit parfois des petits morceaux d’humanité car rien n’est complètement désespéré.

Son dessin qui  s’inspire de la BD américaine underground est sûr et solide. Il s’adapte avec beaucoup de justesse aux différentes thématiques qu’il illustre. Il en va de même de son utilisation de la couleur. Voici une bien belle manière de découvrir la BD turque, bien loin de ce que le régime actuel pourrait nous laisser imaginer.

Tant que j’y suis, je vous conseille aussi de lire “Déserteur” et “Cafard” de Halfdan Pisket aux éditions Presque Lune. Halfdan Pisket, fils d’émigré  turco-arménien né au Danemark consacre une trilogie à l’histoire de son père dont les 2 albums en question sont les 2 premiers volumes.

Avec son noir & blanc vif et précis, son style narratif lapidaire et incisif, Pisket nous propose une lecture dont le rythme, au-delà de l’histoire qui ne laissera personne indifférent, vous résonnera longtemps à l’esprit à la manière d’un long poème épique.