Bandes dessinées – La rentrée Futuropolis

Tous les ans Futuropolis est le premier éditeur à dégainer ses parutions ambitieuses en janvier et à proposer des nouveautés sur lesquelles il faudra compter le restant de l’année. En 2017 étaient parus Kuklos de Sylvain Ricard & Christophe Gaultier, Au bout du fleuve de J.D. Pendanx, Un million d’éléphant de J.L. Cornette & Vanyda et surtout Scalp de Hugues Micol que l’on retrouve dans la sélection officielle du prochain festival d’Angoulême et qui restera sans doute l’un des albums les plus marquants de 2017.

Cette année ce sont 3 nouveautés et une réédition (Notes pour histoire de guerre de Gipi) qui sortent en cette première semaine de janvier alors que tous les autres éditeurs se font encore discret.

  • Le suaire 1/3, Mordillat/ Prieur/ Eric Liberge

Au milieu du XIVème siècle alors que la grande peste est encore dans tous les souvenirs, une tragédie se joue entre 3 personnages, un évêque séculier, un prieur régulier et une religieuse d’une grande beauté qui seront victime de leur passion. La diffusion des reliques sacrées, indispensable moteur financier des communautés religieuses de l’époque les entraînera dans une spirale infernale. La scène se rejouera-t-elle à nouveau ? Il semble que le Suaire, qu’il soit relique véritable ou supercherie, n’ai pas finit de jouer avec les âmes ni avec les cœurs.

Cet album est écrit comme un one-shot dont la scène sera rejouée au XIXème siècle puis au XXIème siècle dans les deuxième et troisième tome. Les scénaristes y questionnent le rôle des reliques à l’époque médiévale ainsi que l’importance de leur authenticité à partir du moment ou elles parviennent à générer la ferveur des fidèles… De son côté, Liberge de son noir et blanc vif et nuancé, dépeint un moyen-âge d’un réalisme crû et sans concession baigné d’une lumière vive aux accents quasi divins. Un rendu très à propos pour cette époque d’une grande violence et d’une grande ferveur religieuse.

Un très bon album et un concept intrigant et prometteur pour la série !

  • Seule, Denis Lapière et Ricard Efa

Lola n’a pas encore 7 ans et cela fait déjà plusieurs années qu’elle vit avec ses grands-parents. La responsable de cette situation qui dure : la guerre civile espagnole. La guerre, Lola n’en connaît que les mots des adultes et ce qu’elle souhaite plus que tout, c’est qu’elle se termine afin de retrouver ses parents, image rassurante qu’elle s’efforce chaque jour de ne pas oublier. Quand un beau jour cette guerre la rattrape lui exposant toute son horreur, Lola va comprendre qu’il est temps pour elle de grandir et de saisir l’occasion de peut-être retrouver ses parents. Mais l’amour sera-t-il encore au rendez-vous ?

Seule est une bande dessinée touchante et émouvante dans laquelle le sujet n’est pas tant la guerre d’Espagne que les dégâts collatéraux d’un conflit sur l’enfance. Intelligente et pleine de poésie, l’écriture  met avec beaucoup de tact l’accent sur l’innocence qu’un conflit fane bien souvent prématurément. Le dessin de Efa, à la couleur directe est plein de lumière et de chaleur malgré l’horreur de la guerre qu’il dépeint. Il est à l’image du mental de Lola, fort et plein d’espoir, cherchant le bonheur là ou il se trouve, malgré tous les drames qui se jouent.

  • Essence, Fred Bernard et Benjamin Flao

Voici la première petite pépite BD de l’année. On était en droit de s’y attendre. En effet, entre Fred Bernard au scénario et Benjamin Flao au dessin, cela ne pouvait qu’être bon. On y suit les péripéties d’Achille, mordu de belle mécanique, de course automobile et de bande dessinée, dans une quête jamais assouvie du précieux carburant qui doit le mener sur le chemin de la rédemption. Un purgatoire sur mesure !

Un concept qui permet la mise en place d’un univers déjanté et surréaliste admirablement illustré par Flao qui fait varier son trait au fil des besoins de l’histoire, allant parfois presque  jusqu’au pastiche quand il s’agit de faire un clin d’œil à « L’affaire Tournesol » d’Hergé et bien d’autres encore. Tout cela dans un format carré totalement maîtrisé au niveau du découpage pour le plus grand plaisir de lecture. Une leçon !

Côté scénario, les ambiances décalées et les situations absurdes et délirantes de ce purgatoire pour chauffards marchent sur les traces de « Ici même » de Tardi et Forest ou bien encore « Qui a tué l’idiot ? » de Dumontheuil. On pense même à « Julius Corentin Acquefacques » de Marc-Antoine Mathieu par certaines des règles qui régissent cet univers.

On vit ces aventures souvent loufoques, parfois tendres, parfois plus sombres, au rythme du héros : celui vibrant et vrombissant d’une grosse cylindrée !